pipette Niveau J

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| Sujet: Poésie : le blanc en poesie (pistes). Dim 22 Mai - 23:53 | |
| document mis le 10 Feb 2005 à 13:14 par Baltazar sur l'ancienne board.
Alors que par def. la prose est continuité, le vers est discontinuité, rupture, engendre un blanc. Quelle est donc la signification de cette interruption, intermittence, blanc, dont le grand spécialiste du verset que fut Claudel affirme qu'il doit être "l'image exacte des allures de la pensée" ? Mais Claudel va encore plus loin, il y voit une sorte de langage premier, anterieur aux mots eux-mêmes, de trace de la vie spirituelle profonde. Le blanc qui se mulitiplie dans la poesie moderne, est il specifique de ce genre ou n'est il qu'un artifice de presentation; en d'autres termes, le blanc fait il sens au même titre que les mots ou même anterieurement à ceux-ci ?
LE BLANC CLAUDELIEN
En parcourant la production lyrique et critique de Claudel, on peut constater que le pb du blanc est récurrent depuis la premiere des Cinq Grandes Odes (1904) et mê la formule pour definir le vers ("une idée isolée par du blanc") apparait tres tôt. Voici un verset montrant la permanence de cette preoccupation chez Claudel : " O mon âme ! Le poeme n'est point fait de ces lettres que je plante comme des clous, mais du blanc qui reste sur le papier ". Dans le contexte, rappellons le def du vers : "le vers composé d'une ligne et d'un blanc est cette action double, cette repiration par laquelle l'homme absorbe la vie et restitue une parole intelligible" Que propose Claudel ? le fameux verset claudelien suggeré des 1897 dans La Ville : " O mon fils ! lorsque j'etais un poete entre les hommes J'inventais ce vers qui n'avait ni rime ni metre, Et je definissais dans le secret de mon coeur cette fonction double et reciproque Par laquelle l'homme absorbe la vie et restitue, dans l'acte supreme de l'expiration, Une parole intelligible." CF lettre de Claudel à G. Brandes qui donne une def exacte du verset claudelien ------> rythme iambique de la vie profonde et de la respiration.
Le vers doit refleter une vie interieure qu'il appelle "pensée" mais sans que le mot implique directement une allusion à la raison. Mais il faut essayer de remonter a un langage premier qui fut celui de la creation. Mais les mots sont silence et non enfilade de rhetorique de discours (Ode I, Les Muses). CF Eluard pour exemple de blanc sans implication spiritualiste ---->poeme Parfait dans Capitale de la douleur : jeu des blancs assez classique, "strophique" brisant le bonheur des 4 premiers verset aboutissant au desolant distique final en passant par la brusque rupture du "enfin" isolé en milieu du blanc.
Il est usuel sur ce pb du blanc et du silence de rapprocher Claudel de Mallarmé. De nombreux textes de ce dernier identifient en effet la perfection du verbe poetique au silence, au vide. Dans L'Avant-Dire au Traité du Verbe de René Ghil (c'est le titre) la poesie est la " merveille de transposer un fait de nature en sa disparition presque vibratoire (...) Je dis une fleur (...) musicalement se leve (...)l'absente de tous bouquets (...) Le vers acheve cet isolement de la parole". Dans Magie : "evoquer, dans une ombre expres, l'objet tu, par des mots allusifs, jamais directs, se reduisant a du silence egal, comporte tentive proche de créer". Cependant, la diff avec Claudel est de taille : ce silence n'est pas l'emanation d'une pensée et de ses intermittences, mais le produit d'un travail sur les mots. Le blanc serait la limite de l'impuissance du mot dans sa condensation : il est "l'aboli bibelot d'inanité sonore".
CHEZ ST JOHN PERSE
Pour lui la poesie n'est pas une transcendance : elle est "temoignage pour l'homme (...) car c'est de l'homme qu'il s'agit, et de son renouement" (Vent III, 4). D'ou la place du poete telle que la definit le finale de Vent. On constatera que poete n'est plus que le vates dans la tradition de Platon et des "fureurs", mais "homme parmi les hommes". Il doit refuser tout procedé artificiel "qui fait surgir l'envers des choses". Certes, il ne doit pas meconnaitre "le cri perçant du Dieu sur nous", "il faut laisser sa chance au voyant" et savoir interroger les signes. Mais le poete ne doit pas ajouter a leur obscurité : "son occupation parmi nous : mise au clair des messages". S'il doit remonter à un temps premier, c'est parce qu'il est celui des originaux, dont le poete garde le proces verbal, celui des grandes ecritures qui ont fondées les civilisations. D'ou le gout dans le verset persien de l'alexandrin qui ne s'extenue pas dans le blanc final, mais s'y arrête pour une invitation à l'action. D'où ces arrêts tres nets "Et mon poeme, ô pluies ! qui ne fut pas ecrit" termine sans vague nostalgie le VIII de Pluies.
LE BLANC PAR JEUX DE (OU SUR LES) MOTS
Le jeu de mot suppose une interruption, une attente, une surprise, un blanc.Un poete issu du surréalisme, R Desnos s'en etait fait une specialité. CF Vents Nocturnes extrait de Langage Cuit ----> pleonasmes conduisent progressivement à la question metaphysique finale : "ou est la terre celeste ?" à travers des blancs qui sont destinés a heurtermais aussi à obliger à faire passer d'un niveau à l'autre.
Y A T IL UN BLANC CLASSIQUE ? LE BLANC N'EST IL PAS ANTIPOETIQUE ?
* une sorte de blanc materiel, pratique, concret est lié à certaines formes de poesie chantée, dansée etc... et n'a d'autre signification que le repos, le "silence" au sens musical.
* Les classiques n'ignorent pas le pb du repos entre les vers et à l'interieur du vers, mais il doit rigoureusement correspondre à une signification. Boileau est tres precis à cet égard : "Que toujours dans vos vers, le sens coupant les mots / Suspendre l'hemistiche, en marquant le repos (...)/ Pas ce sage ecrivain (Malherbe) la langue réparée / N'offrit plus rien de rude à l'oreille epurée. / Les stances avec grace appreirent à tomber, / Et le vers sur le vers n'osa plus enjamber " (Art Poetique).
* Ce sont pt être ces exigences trop rigoureuses qui inviterent par reaction un Baudelaire, prolongeant les recherches d'Aloysius Bertrand avec son Gaspard de la Nuit, à essayer de definir une prose poetique dont la fluidité ignorerait le blanc, les pauses metriques : "Quel est celui de nous qui n'a pas, dans ses jours d'ambition, revé le miracle d'une parole poetique, musicale, sans rythme et sans rime, assez souple et assez heurtée pour s'adapter aux mouvements lyriques de l'âme, aux ondulations de la rêverie, aux soubresauts de la conscience ?". On retrouve ici certaines ambition de Claudel, mais dans dedicace à A. Houssaye de ses Petits Poemes en Prose, Baudelaire fait remarquer qu'ainsi on aboutirait à une oeuvre non structurée : " nous pouvons couper où nous voulons, moi ma rêverie, vous le manuscrit, le lecteur sa lecture, car je ne suspends pas la volonté relative de celui-ci au fil interminable d'une intrigue superflue". Si blancs il y a, ils seraient donc libres et à la disposition de l'amateur en poesie. |
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